Écriture instinctive, regard lucide sur le temps qui passe et engagement humaniste : le retour inspiré de Salvatore Adamo.
Cette semaine dans En avant la Belgique, j’ai l’immense honneur de recevoir Salvatore Adamo, figure majeure de la chanson francophone, qui nous revient après près de huit années de silence avec une œuvre exceptionnelle : un double album original, Des nèfles et des groseilles, qu’il a presque entièrement écrit et composé.
Salvatore Adamo avait tant de choses à nous dire. Tant de choses à nous chanter. Cette nouvelle création foisonnante s’impose comme une vision du monde au long cours, fidèle à une conviction qui l’habite depuis toujours : le rôle de l’artiste populaire est de partager, avec générosité et poésie, une lecture sensible de la vie, de ses doutes comme de ses élans. Nourrie par une période de fragilité liée à des soucis de santé, l’écriture s’est imposée à lui comme une nécessité vitale, instinctive, presque organique. Jour et nuit, les mots sont venus, porteurs d’une énergie intacte et d’un désir de création jamais éteint.
À travers vingt-cinq chansons réparties sur deux albums, Adamo revendique une œuvre dense, humaniste et libre, traversée par une urgence sereine : dire la force de vie pendant qu’il est encore temps. L’album se déploie entre deux pôles essentiels : l’amour — pour son public, pour les autres, pour les siens — et la nostalgie, sans regret, mais avec une lucidité tendre sur le temps qui passe et l’enfance comme paradis perdu. Sa petite-fille Lily prête d’ailleurs sa voix à deux titres, incarnant ce lien familial fort, lumineux et assumé.
La nostalgie s’exprime magnifiquement dans Ma belle jeunesse, où Adamo s’adresse à l’adolescent qu’il fut, avec le sourire et la détermination de celui qui ne renonce pas. À plus de 80 ans, il ne nie rien de la réalité du temps, mais continue d’avancer, résolument tourné vers l’avenir. Des chansons comme Vivre ou Qu’ai-je donc fait de mon enfance ? interrogent le sens de l’existence, la mémoire et les traces laissées par le temps, avec une émotion maîtrisée et profondément universelle.
Humaniste vigilant, Adamo n’oublie jamais ses racines ni son histoire d’enfant d’émigrés italiens. Cet héritage affleure puissamment dans Migrant, chanson engagée qui refuse la résignation et rappelle la nécessité de rester attentif à l’autre. Après plus de soixante ans de carrière, Salvatore Adamo conserve la flamme du débutant, le goût de l’émerveillement et une exigence intacte dans le choix des mots et des mélodies.
Une rencontre dense, sensible et lumineuse avec un artiste majeur, à la fois puissant et fragile, qui continue, envers et contre tout, à embellir la vie par la musique et la poésie.
-Fred Maltesse
Chaque jour, Fred Maltesse présente des artistes belges qui font briller nos couleurs à l'international.