Nos années collector

1966 : De l'élégance de Sinatra à la révolution des Beatles et de Jacques Dutronc

25 avril 2026 | 12 min 44 sec

Plongez en 1966 avec Marianne, 16 ans, entre ses rêves de cinéma à Visé et les bouleversements du monde. De la guerre du Vietnam à l'effervescence de Londres, revivez une année charnière rythmée par Brel, Dylan et le génie de Sergio Leone. Un voyage nostalgique unique.

En septembre 1966, le monde semble osciller entre une tradition encore bien ancrée et le souffle d'une modernité irréversible qui commence à transformer le quotidien des foyers. Pour Marianne, une adolescente de seize ans vivant dans un village au bord de la Meuse, la journée commence rituellement au son d'un transistor rouge diffusant la voix de Frank Sinatra et son célèbre titre « Strangers in the Night ». Dans la cuisine familiale, l'odeur du café Chat Noir et du sirop de Liège accompagne le départ du père vers la Fabrique Nationale d'Herstal, tandis que la mère s'installe devant sa machine à coudre Singer. Marianne pédale ensuite vers l'Athénée Royal de Visé, croisant peu de voitures dans une ambiance encore paisible, tout en essayant de traduire les textes des Beatles ou de Bob Dylan grâce à ses premiers cours d'anglais. À l'école, la discipline est stricte, les professeurs portent le costume ou le tailleur, et le respect est la règle absolue, mais l'esprit de la jeunesse commence doucement à bouillonner sous cette surface policée.

Le soir, la famille se réunit devant la télévision en noir et blanc pour écouter le journal télévisé de la RTB présenté par Frédéric François. Le tableau mondial est alors complexe : la guerre froide et la menace nucléaire pèsent sur les esprits, tandis que Mao Zedong lance la révolution culturelle en Chine. Les images des bombardements au Vietnam choquent la jeune fille, témoignant d'une violence mondiale qui contraste avec la prospérité des Trente Glorieuses. Pourtant, au milieu de ces tensions, une lumière fascinante vient de Londres, devenue la capitale culturelle mondiale. Marianne rêve de Carnaby Street, de la minijupe de Mary Quant et de l'énergie des Rolling Stones, sentant intuitivement que la jeunesse est en train de prendre le pouvoir de manière irréversible.

Le dimanche après-midi est sacré pour Marianne, qui consacre son argent de poche au cinéma Majestic de Visé. C’est là, devant le rideau de velours rouge, qu’elle découvre la Nouvelle Vague avec Jean-Luc Godard et son film « Masculin féminin », qui décrit les jeunes comme les « enfants de Marx et de Coca-Cola ». Mais c’est le western de Sergio Leone, « Le Bon, la Brute et le Truand », qui provoque chez elle un véritable choc esthétique. La musique d’Ennio Morricone, faite de sifflements et de guitares électriques, lui arrache des larmes et confirme sa vocation : elle travaillera plus tard dans le montage cinématographique.

La bande-son de 1966 est d'une richesse exceptionnelle, mêlant émotion brute et innovations techniques. Jacques Brel est au sommet de son art avec « Ces gens-là », une chanson qui touche Marianne au cœur car elle y reconnaît ses propres racines. Parallèlement, l'ironie d'un nouveau venu, Jacques Dutronc, et son tube « Et moi, et moi, et moi » apportent une touche de cynisme moderne qui séduit le public. Sur le plan international, 1966 marque une rupture fondamentale avec l'album « Revolver » des Beatles, qui intègre des expérimentations de studio inédites, et le double album « Blonde on Blonde » de Bob Dylan, qui élève le rock au rang de la grande poésie américaine. Cette année 1966 n'est pas seulement une date, c'est le point de départ d'une vie pour Marianne, qui gardera toujours en mémoire ce premier slow dansé au bal du village, au son de la brillantine et des tubes de l'époque.

A la suite...

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Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.

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1966 : De l'élégance de Sinatra à la révolution des Beatles et de Jacques Dutronc
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