1960 marque l’entrée dans les sixties : frigo symbole de modernité, cinéma avec Psychose d’Hitchcock, indépendance du Congo et succès de Jacques Brel ou Johnny Hallyday. Une époque entre tradition familiale, radio omniprésente et débuts de la culture yéyé.
En 1960, la Belgique entre doucement dans les sixties. La modernité arrive d’abord dans la cuisine. L’objet qui symbolise cette révolution n’est ni la télévision — encore rare — ni la voiture familiale — encore coûteuse — mais le réfrigérateur. Chez Victor et Marie, le grand frigo blanc trône fièrement dans la cuisine. Il ronronne doucement et représente bien plus qu’un simple appareil : c’est un signe de réussite et de confort, souvent présenté dans les publicités comme « l’ami de la ménagère moderne ».
Marie a le temps de cuisiner : œufs mimosas, soufflés au fromage, blanquette de veau ou pain perdu le mercredi après-midi. Les enfants boivent du lait en bouteilles de verre livrées par le laitier et se régalent de sucreries typiques de l’époque : roudoudous, cigarettes en chocolat, rouleaux de réglisse ou pailles remplies de sucre acidulé. Les hommes portent encore chemise blanche et cheveux soigneusement brillantinés, tandis que les femmes adoptent robes cintrées, jupons volumineux et coiffures crêpées fixées avec la fameuse laque Elnett de L'Oréal.
On part rarement en vacances, parfois à la côte belge ou dans les Ardennes. La radio reste allumée toute la journée, le père lit le journal et les enfants jouent aux osselets, au mikado, à la corde à sauter ou aux petits chevaux. Dans les cafés, les jukebox commencent à diffuser les premiers airs de twist qui annoncent une nouvelle génération.
Ce soir-là, Victor et Marie s’habillent élégamment pour aller au cinéma voir Psycho de Alfred Hitchcock. Le film marque les esprits avec Anthony Perkins dans le rôle inquiétant de Norman Bates et Janet Leigh dans la célèbre scène de la douche. La musique stridente composée par Bernard Herrmann, uniquement pour cordes, devient l’une des bandes originales les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Encore sous le choc en rentrant, Marie se rassure en feuilletant Tintin in Tibet de Hergé, paru la même année.
Mais 1960 est aussi une année historique. Dans son journal La Meuse, Victor lit la nouvelle qui bouleverse la Belgique : l’indépendance du Congo. Le discours du nouveau Premier ministre Patrice Lumumba face au roi Baudouin of Belgium marque profondément les esprits et ouvre une période de tensions politiques. Sur la scène internationale, la guerre froide s’intensifie après l’incident de l’avion espion américain abattu au-dessus de l’URSS, un épisode qui compromet les espoirs de détente entre les blocs.
La musique, elle, accompagne chaque moment de la vie. Victor pose un vinyle de Gilbert Bécaud avec Et maintenant. Mais la chanson qui touche le plus Marie reste Ne me quitte pas de Jacques Brel, inspirée de sa rupture avec Suzanne Gabriello. La mélodie, écrite avec Gérard Jouannest, s’inspire d’une danse hongroise de Johannes Brahms.
Mais l’année marque aussi les débuts de la vague yéyé : Johnny Hallyday triomphe avec Souvenirs, Souvenirs, Édith Piaf chante Milord, Bourvil amuse avec Salade de fruits, et Dalida fait danser toute l’Europe avec Itsi Bitsi Petit Bikini.
1960, c’est donc une année charnière : une société encore traditionnelle, mais déjà tournée vers la modernité, les nouvelles musiques et la culture populaire qui vont bientôt définir toute la décennie. Une véritable année collector.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.