1975, c’est la vie en appartement tapissé de motifs géométriques, les courses chez Delhaize, la fin de la guerre du Vietnam et les slows sous la boule à facettes. Entre Astérix, Patrick Modiano et L’Été indien, une année charnière, tendre et disco.
En ce dimanche matin de 1975, la Belgique s’éveille doucement dans des appartements aux murs beiges et bruns tapissés de motifs géométriques. Claudine et René viennent de se marier. Passage obligé devant monsieur le maire, robe blanche de rigueur — même si, depuis Mai 68 et la pilule contraceptive, les mœurs ont discrètement évolué. On ne vit pas encore ensemble sans alliance au doigt : l’avis des parents compte toujours.
Le jeune couple loue un deux chambres pour 9.000 francs belges. Une seule voiture, la toute nouvelle Volkswagen Polo, symbole d’indépendance. Dans la cuisine en formica, tout est orange : mixe-soupe, moulin à café, ouvre-boîte. Le soir du mariage, ils sabrent une coupe de champagne en écoutant Les Mots bleus de Christophe sur le pick-up.
Les semaines passent. Claudine fait ses courses chez l’épicier du coin et, le samedi, au nouveau Delhaize. René rapporte les petits pains du dimanche. Le dîner ? Steak, frites, salade et mayonnaise maison, avec de l’eau de Spa en bouteille en verre. Sur la table basse, un cendrier du Val-Saint-Lambert déborde de Belga et de Bastos : en 1975, tout le monde fume.
Le soir, la télévision couleur trône comme un autel moderne. On capte désormais TF1, Antenne 2 et FR3. Claudine découvre le sérieux rassurant de Roger Gicquel au journal de 20 heures. Il annonce le procès de la Fraction armée rouge, puis une nouvelle attendue : le 30 avril 1975, la chute de Saïgon met fin à la guerre du Vietnam. Ouf.
Claudine lit Villa Triste de Patrick Modiano, atmosphère mélancolique au bord du Léman. René, lui, savoure La Grande Traversée d’René Goscinny et Albert Uderzo. Astérix traverse l’Atlantique pendant que l’actualité annonce la mort de Joséphine Baker, la victoire de Bernard Thévenet au Tour de France et, en novembre, le décès de Franco.
Mais 1975, c’est aussi la fête. Direction le club « La Cave ». Boule à facettes, fumée bleutée, videur impressionnant. Sur la piste, Dave chante Vanina, Nino Ferrer enflamme les slows avec Le Sud. Les romantiques se retrouvent sur L’Été indien de Joe Dassin, tandis que Il était une fois fait chavirer les cœurs avec J’ai encore rêvé d’elle. Et quand résonne Brasilia Carnaval des The Chocolat's, plus personne ne reste assis.
1975, c’est cela : un monde encore structuré, mais déjà en mouvement. Entre tradition et liberté, entre mayonnaise maison et disco incandescent. Une année tendre, politique, dansante.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.