Téléviseur en noir et blanc, charbon dans le poêle, vacances sur la côte belge, westerns mythiques et chansons inoubliables : 1966 incarne une année d’équilibre entre confort tranquille et bouillonnement culturel.
En 1966, la vie en Belgique s’inscrit encore dans la douceur des Trente Glorieuses. Le plein emploi rassure, les carrières sont stables et l’avenir semble prometteur. Le temps s’écoule plus lentement, sans urgence excessive. À la maison, la télévision noir et blanc s’impose comme le nouveau centre du salon, posée sur un meuble en formica ou en teck, parfois décorée d’un napperon crocheté. On ne la regarde qu’à certains moments précis, surtout le soir, sauf le mercredi après-midi, jour de congé scolaire, où la RTB lance l’émission jeunesse Feu Vert, animée par Jacques Careuil et André Rémy.
Le téléphone en bakélite noire trône dans le hall ou le salon. Les conversations sont brèves, rarement privées, sauf pour les amoureux qui y glissent quelques mots tendres. Le courrier garde une valeur précieuse : lettres manuscrites, cartes postales, nouvelles attendues avec impatience. On se chauffe encore souvent au charbon, on cuisine parfois sur des fourneaux, même si les cuisinières au gaz en bonbonne commencent à apparaître. Les intérieurs racontent une histoire familiale, avec papiers peints à motifs, moquettes épaisses, vitrines remplies de bibelots et meubles en chêne clair. Le dimanche matin, on tond la pelouse sans se soucier du bruit. Les vacances se passent majoritairement à la côte belge, ou, pour les plus aventureux, sur les routes nationales vers le sud de la France, fenêtres ouvertes et pique-nique improvisé.
Sur le plan culturel, 1966 est une année foisonnante. La littérature devient plus accessible grâce aux éditions de poche. Romain Gary publie La Promesse de l’aube, hommage poignant à sa mère. Oublier Palerme d’Edmonde Charles-Roux reçoit le prix Goncourt, tandis que Simone de Beauvoir interroge la condition féminine avec Les Belles Images. Le cinéma est un événement en soi : Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone, porté par Clint Eastwood et la musique d’Ennio Morricone, devient mythique. En France, Claude Lelouch triomphe avec Un homme et une femme, Palme d’Or à Cannes. En Belgique, René Magritte poursuit son œuvre surréaliste, interrogeant le réel et les apparences.
L’actualité mondiale, elle, est plus tendue. La guerre du Vietnam s’intensifie et choque l’opinion publique occidentale par ses images télévisées. Aux États-Unis, Lyndon B. Johnson fait face à une contestation croissante. En Chine, Mao Zedong lance la Révolution culturelle, bouleversant brutalement la société. En Belgique, les tensions communautaires montent, tandis que le gouvernement de Paul Vanden Boeynants tente de maintenir un fragile équilibre. Le prix Nobel de la Paix est attribué à l’Organisation internationale du Travail, symbole d’un attachement fort aux droits sociaux.
Musicalement, 1966 marque un tournant. Les The Beatles publient Revolver, album révolutionnaire. Bob Dylan affirme son virage électrique avec Blonde on Blonde. Les The Rolling Stones provoquent et séduisent. Côté francophone, Jacques Brel bouleverse avec Ces gens-là et Amsterdam, avant de faire ses adieux à la scène. France Gall incarne la jeunesse avec Baby Pop, Salvatore Adamo touche les consciences avec Inch’Allah, tandis que Michel Polnareff surprend avec La Poupée qui fait non, accompagné à la guitare par Jimmy Page. Françoise Hardy confirme son aura mélancolique avec La Maison où j’ai grandi, et Antoine amuse et divise avec ses élucubrations et ses cheveux longs.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.