Nos années collector

1964 : De la Beatlemania à Malmedy avec Jacques Brel et Françoise Hardy

9 mai 2026 | 13 min

Voyagez en 1964 au cœur des Ardennes belges. Entre l'invasion des Beatles aux États-Unis, le combat de Cassius Clay et l'écho du Big Bang, vivez une année de contrastes où la ferveur de Johnny Hallyday et l'élégance de Françoise Hardy réveillent la cité de Malmedy.

Dans la vallée de la Warche, au cœur de Malmedy, l'année 1964 se dévoile à travers le quotidien de la famille Lejeune, installée dans une maison solide en moellons de grès. Henry, tanneur de métier à la tannerie Langen, incarne cette Belgique travailleuse des Trente Glorieuses où le plein emploi semble une certitude, tandis que son épouse Germaine s'occupe du foyer et de leurs deux enfants, Robert et Anne-Marie. Le matin, au rythme de la cuisinière à charbon, Henry parcourt le journal La Meuse, y découvrant un monde en pleine mutation : l'accession au pouvoir de Lyndon Johnson après le drame de Dallas, le vote historique de la loi sur les droits civiques aux États-Unis ou encore l'explosion de la première bombe atomique chinoise dans le désert, un événement qui fait craindre au père de famille une course à l'armement sans fin. Cette petite cité ardennaise, à l'histoire complexe entre la Belgique et l'Allemagne, conserve une âme à part, où l'on pense parfois en allemand tout en chantant en wallon lors du célèbre carnaval, le Cwarmé. C'est une période où les traditions artisanales, comme celles du chapelier ou du sabotier, commencent doucement à s'effacer devant une modernité irrésistible qui s'invite dans les chambres des adolescents. Robert, dix-sept ans, rêve déjà de ses futures études d'ingénieur à Liège tout en dévorant les albums de Ric Hochet ou les aventures de Gilles Jourdan, cachant soigneusement sous sa pile de bandes dessinées le premier album érotique Barbarella pour ne pas scandaliser ses parents. Sa sœur Anne-Marie, quatorze ans, préfère le charme des planches de Johan et Pirlouit et les gags de Boule et Bill, tout en vouant un culte à son idole, Johnny Hallyday, dont le poster orne fièrement son mur.

Le monde culturel de 1964 est marqué par des chocs visuels et sonores qui traversent les frontières. Au cinéma Le Globe, Henry et Germaine s'émeuvent devant Le Train de John Frankenheimer, un film évoquant la résistance qui résonne avec force dans une ville où les souvenirs de la guerre ne sont pas une abstraction. Parallèlement, une révolution scientifique majeure se produit dans le silence des laboratoires Bell : la découverte accidentelle du rayonnement fossile du Big Bang par Penzias et Wilson, captant l'écho de la naissance de l'univers, une avancée qui leur vaudra plus tard le prix Nobel. Sur le plan sportif, le jeune Cassius Clay bouscule les codes en devenant champion du monde des poids lourds à Miami, clamant haut et fort sa propre grandeur. Mais c'est surtout la musique qui définit l'air du temps. L'invasion britannique débute officiellement le 7 février lorsque les Beatles atterrissent à l'aéroport JFK de New York devant des milliers de fans en délire, un moment fondateur de la culture populaire mondiale. On écoute en boucle The House of the Rising Sun du groupe The Animals, enregistré en une seule prise magistrale de quinze minutes, tandis que Robert tente d'en déchiffrer les paroles phonétiquement sur son transistor.

La scène francophone n'est pas en reste, offrant un contraste savoureux entre l'élégance mélancolique de Françoise Hardy chantant Mon ami la rose et la verve jubilatoire de Jacques Brel qui, avec Les bourgeois, fait rire Germaine et rougir Henry. Les ondes diffusent également la voix poignante de Charles Aznavour dans La mamma ou la nostalgie d'Eddie Mitchell et Dick Rivers. L'année se clôture sur l'image paisible d'un dimanche d'hiver à Malmedy, où la neige efface les frontières sur les Fagnes, alors qu'Anne-Marie écoute Gilbert Bécaud rendre hommage à Nathalie sur la Place Rouge. Entre la dégustation d'une tarte au riz traditionnelle et l'effervescence du Cwarmé avec ses aguettes masquées, 1964 s'impose comme une année collector où la douceur de vivre belge côtoie les grands bouleversements du siècle.

A la suite...

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Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.

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1964 : De la Beatlemania à Malmedy avec Jacques Brel et Françoise Hardy
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