Plongez en 1975 avec Michel, 16 ans, dans un village du Brabant Wallon. Entre la chute de Saïgon, l'apparition d'Apostrophes et le choc cinématographique de Barry Lyndon, revivez une année où la musique de Springsteen et ABBA accompagne la fin des Trente Glorieuses.
En ce dimanche de 1975, le village de Walain, niché dans le Brabant Wallon, s'éveille dans une atmosphère paisible où les effluves de pain chaud et de café marquent le début d'une journée de repos. C’est ici, dans une petite maison de la rue de la Station, que vit Michel Charlier, un adolescent de seize ans dont la chambre est un sanctuaire décoré de posters et de vinyles. Son père, Paul, sillonne les routes au volant de sa Peugeot 504 verte pour vendre du matériel agricole, tandis que sa mère, Denise, partage son temps entre la pharmacie locale et la tenue du foyer. Michel, qui rêve de devenir vétérinaire, navigue entre la rigueur de ses cours de sciences au collège et la soif de liberté propre à sa génération. Il passe ses loisirs avec ses copains dans le café du village, le centre du monde local, où l'on boit une Stella Artois en jouant au flipper ou au kicker sous des publicités Coca-Cola, au son des tubes d'ABBA ou des Bee Gees diffusés par le jukebox. C'est aussi l'époque des premiers émois et des chagrins d'amour, comme celui causé par Emma, une jeune fille au parfum de patchouli qui chantait les succès du groupe Il était une fois.
Pourtant, sous cette apparente tranquillité rurale, 1975 est une année de bouleversements mondiaux majeurs que Michel découvre en parcourant le journal laissé par son père sur la table du salon. Le 30 avril, la chute de Saïgon marque la fin de la guerre du Vietnam et le retrait des États-Unis, prouvant à la jeunesse que même la plus grande puissance militaire n'est pas invincible. En Espagne, la mort de Franco met fin à trente-six ans de dictature, tandis que le Cambodge bascule dans l'horreur avec la prise de pouvoir des Khmers rouges. L'actualité apporte cependant une note d'espoir avec l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident soviétique Andreï Sakharov, une nouvelle qui réjouit la famille Charlier malgré les tensions de la guerre froide. Sur le plan économique, la Belgique ressent durement les effets du premier choc pétrolier : le chômage grimpe et Paul Charlier constate que ses clients agriculteurs hésitent désormais avant d'investir dans du matériel lourd.
L'évasion culturelle est donc plus que jamais nécessaire. Michel n'hésite pas à prendre le train vers Namur pour se rendre au cinéma l'Eldorado et y découvrir le chef-d'œuvre de Stanley Kubrick, Barry Lyndon. Ce film, célèbre pour sa photographie révolutionnaire réalisée à la lueur de la bougie avec des objectifs de la NASA, marque durablement l'esprit de l'adolescent par sa beauté picturale. À la télévision, ses parents se passionnent pour le lancement de l'émission littéraire Apostrophes par Bernard Pivot, qui rend les débats d'idées spectaculaires et évoque des scandales littéraires comme la supercherie de Romain Gary, alias Émile Ajar. La bande-son de l'année est particulièrement riche, dominée par la sortie de l'album Born to Run de Bruce Springsteen, qui apporte une énergie nouvelle au rock. Les radios diffusent en boucle L'été indien de Joe Dassin et les notes mélancoliques de Christophe dans Les Mots bleus, tandis qu'Alain Souchon clame « j'ai 10 ans » et que Pierre Perret amuse les foules avec Le Zizi. C'est enfin l'année où un jeune artiste belge, Claude Barzoti, enregistre dans l'indifférence la première version de son futur succès Madame. Entre les espoirs d'une jeunesse en quête de sens et les mutations d'une société en crise, 1975 demeure une année collector inoubliable.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.