1973 marque un tournant discret mais profond. Une année où le confort du quotidien se fissure, où l’économie vacille, mais où la culture, le cinéma et la chanson continuent d’accompagner les familles.
En 1973, le quotidien s’inscrit pleinement dans les années 70. La télévision couleur s’est imposée dans le salon, devenu le cœur de la vie familiale. Les intérieurs osent désormais l’orange, le vert olive et le marron, les papiers peints psychédéliques et les moquettes épaisses envahissent les pièces de vie. Dans la cuisine, les meubles en formica et les appareils électroménagers – réfrigérateur et lave-linge en tête – facilitent un peu le travail des femmes, désormais nombreuses à exercer une activité professionnelle. Pourtant, le dimanche reste sacré, avec le poulet rôti, les frites maison et le pain frais acheté chaque jour chez le boulanger.
Les adolescents portent des pantalons pattes d’éléphant, des pulls ajustés, les cheveux longs pour les filles comme pour les garçons. L’autorité parentale et scolaire existe encore, mais depuis Mai 68, on discute davantage. La voiture est devenue indispensable et les vacances en famille, à la mer du Nord ou dans le sud de la France, font partie des nouveaux plaisirs accessibles.
Mais cette dolce vita est brutalement ébranlée en 1973 par le premier choc pétrolier. Conséquence directe de la guerre du Kippour entre Israël, l’Égypte et la Syrie, la décision de l’OPEP de quadrupler le prix du pétrole provoque inflation, ralentissement économique et hausse du chômage. Les fameuses Trente Glorieuses touchent à leur fin. Dans la vie quotidienne, on découvre les dimanches sans voitures, la limitation de vitesse, la réduction de l’éclairage public et de nouveaux mots entrent dans le langage courant : sobriété, économie, dépendance énergétique. Une époque se referme.
Côté littérature, on continue pourtant de lire beaucoup. Le roman La Lisière de Patrick Grainville fait grand bruit, frôlant le prix Goncourt, tandis que René Barjavel interroge le monde moderne avec son recueil de science-fiction Béni soit l’atome.
Au cinéma, 1973 est marqué par le choc de The Exorcist de William Friedkin, film dérangeant et controversé. À l’opposé, le public rit avec Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury, porté par l’inoubliable Louis de Funès, ou encore avec L’Emmerdeur réunissant Jacques Brel et Lino Ventura. La Grande Bouffe de Marco Ferreri choque et divise, mais ne laisse personne indifférent.
Enfin, la variété illumine encore cette année de transition. En Belgique, l’émission Chanson à la carte s’installe sur la RTB, tandis qu’en France La Une est à vous permet pour la première fois aux téléspectateurs de choisir leurs programmes. Sur les ondes, Michel Sardou bouleverse avec La Maladie d’amour, Julien Clerc apporte un souffle optimiste avec Si on chantait, Serge Gainsbourg confie sa fragilité dans Je suis venu te dire que je m’en vais. Maxime Le Forestier nous ouvre les portes de La Maison Bleue, et Françoise Hardy murmure Message personnel, sur des mots de Michel Berger.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.