Nos années collector

1974 : Du sacre d'ABBA à la ferveur de Mike Brant et la naissance de l’ère Giscard

24 mai 2026 | 14 min 9 sec

Évadez-vous en 1974 avec Anne et Katia, deux ados de 16 ans savourant une liberté inédite près de Liège. Entre le triomphe d'ABBA à l'Eurovision, l'arrivée de Giscard et le choc de "L'Orient Express", revivez une année de disco, de slows et de révolutions culturelles.

En 1974, un vent de liberté souffle sur un village bordant la Meuse, à quelques kilomètres de Liège, où Katia et Anne, deux adolescentes de seize ans, profitent d'un week-end d'indépendance sans précédent. Leurs parents viennent de s'éclipser vers la Champagne à bord d'une rutilante Volkswagen Scirocco rouge, laissant derrière eux une traînée de recommandations maternelles aussitôt oubliées au profit de l'effervescence de la jeunesse. Les deux amies se laissent choir avec délice sur des poufs en cuir, symbole d'une époque où la protection animale n'était pas encore au cœur des débats et où les manteaux de vison ou d'hermine ornaient les épaules de ces dames, bien avant que l'influence de Brigitte Bardot ne change les mentalités. Bravant les interdits, elles allument des cigarettes Kent à bout doré, savourant leur autonomie dans un salon où la fumée se mêle aux rêves de soirées dansantes, avant de se maquiller dans une salle de bain aux pavés roses en s'inspirant du regard iconique de Twiggy.

Le quotidien de cette année collector se dévoile dès le petit-déjeuner, au rythme lent d'un percolateur où l'on mélange la chicorée Pacha au café Chat Noir pour en atténuer l'amertume. Dans la cuisine au mobilier en formica rouge, les filles écoutent le transistor qui diffuse les nouvelles du monde. Le journaliste Robert Stéphane y annonce l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence française face à François Mitterrand, un tournant marqué par la célèbre phrase sur le « monopole du cœur ». VGE incarne alors une modernité dynamique, abaissant la majorité à dix-huit ans et ouvrant la voie à l'autorisation de l'IVG, tout en s'invitant à la table des Français. En Belgique, on s'enthousiasme pour les nouveautés automobiles comme la Citroën CX ou la Golf dessinée par Giugiaro, tandis que les enfants découvrent les tout premiers Playmobil et s'émerveillent devant le gentil monstre Casimir dans l'émission culte « L'île aux enfants ».

L'évasion se poursuit vers Liège, où les adolescentes se rendent en autobus pour faire du lèche-vitrine et s'acheter des collants ou des sous-pulls en acrylique, indispensables de la garde-robe des années septante. Elles s'offrent une séance de cinéma mythique au Forum, rue Pont d'Avroy, pour s'immerger dans l'atmosphère luxueuse du « Crime de l'Orient Express » de Sidney Lumet. Sous les dorures Art déco, elles admirent le casting prestigieux composé de Lauren Bacall et Ingrid Bergman, tout en dégustant des bonbons acidulés. Après la séance, la discussion se poursuit à la Cafétaria autour d'un Coca-Cola en bouteille de verre, dans un brouhaha où l'on évoque déjà le premier best-seller d'un certain Stephen King intitulé « Carrie ». C'est aussi l'époque où les garçons, vêtus de blousons de cuir et de pantalons « pattes d'eph », se parfument à l'Eau Sauvage de Dior et tentent de séduire en dégainant des briquets Zippo.

La bande-son de 1974 est d'une richesse inouïe, dominée par le triomphe planétaire du groupe ABBA au concours Eurovision avec le titre « Waterloo ». Lors d'une « boum » chez leur copine Nicole, les disques s'enchaînent sur le pick-up : le rythme énergique du « Chalala » de Claude François cède la place à la mélancolie des slows de Mike Brant. Katia tombe sous le charme de Rudy, le DJ de la soirée parfumé à l'Eau de Givenchy, tandis que résonnent « Le premier pas » de Claude-Michel Schönberg et les envoûtants « Mots bleus » de Christophe, fruit d'une collaboration avec le jeune parolier Jean-Michel Jarre. C'est aussi le début de l'histoire d'amour artistique entre France Gall et Michel Berger avec « La déclaration d'amour ». Entre les éclats de rire sur « Sugar Baby Love » des Rubettes, les pas de danse sur le « J'ai dix ans » d'Alain Souchon et l'hymne nostalgique « Bruxelles » de Dick Annegarn, 1974 s'inscrit comme l'année de toutes les découvertes et d'un premier amour qui s'esquisse sur un carrelage moucheté

A la suite...

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Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.

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