Nos années collector

1979 : De la poésie de Francis Cabrel au choc punk de The Clash et la fin d'une ère minière

30 mai 2026 | 11 min 22 sec

Plongez en 1979 à Mons avec les Dubois. Entre l'hiver polaire, la fin des mines du Borinage, la révolution en Iran et le traité de paix historique au Proche-Orient, vivez une année charnière rythmée par Supertramp, Balavoine et le génie provocateur des Monty Python.

En 1979, la ville de Mons, capitale du Hainaut réputée pour sa Grand-Place baroque et son beffroi classé à l’UNESCO, s’apprête à tourner la page d’une décennie contrastée. Dans la rue de Nimy, au cœur d’une maison en brique grise où un chat roux nommé Doudou veille sur le jardin, la famille Dubois vit au rythme des dernières heures du Borinage minier. André, agent de maîtrise aux charbonnages, observe avec une certaine mélancolie les terrils qui dominent l’horizon, sentant que l’ère du charbon s’essouffle irrémédiablement alors que les complexes ferment les uns après les autres. Paulette, son épouse, secrétaire à la Chambre de Commerce, apporte une structure indispensable au foyer alors que l’économie est mise à mal par le deuxième choc pétrolier consécutif à la révolution iranienne et à la chute du Shah à Téhéran. Le quotidien des Dubois, marqué par un hiver d’une rigueur historique où la neige enveloppe la cité de janvier à mars, s’inscrit dans un décor typique des années septante avec ses meubles en acier, ses papiers peints aux formes géométriques et sa cuisine en formica aux tons orange. On y consomme encore de larges tartines de pain blanc au beurre frais et au sucre véritable, sans se soucier du bio, tandis que les adolescents de la maison, Éric et Valérie, affichent les codes vestimentaires de l'époque, entre pantalons pattes d’éléphant et robes en coton coloré parfumées au patchouli.

Sur le plan international, 1979 est une année de bascules géopolitiques majeures que la famille suit dans les colonnes du journal La Province. André et son fils Éric commentent la signature du traité de paix historique entre l’Égypte d’Anouar el-Sadate et l’Israël de Menahem Begin, une lueur d’espoir récompensée par le prix Nobel de la paix. Parallèlement, l’arrivée de Margaret Thatcher, la « Dame de Fer », au poste de Premier ministre britannique, annonce des temps difficiles pour les syndicats miniers, un écho direct aux inquiétudes sociales qui grondent en Belgique sous le gouvernement fragile de Wilfried Martens. Malgré ce climat d’incertitude, la vie culturelle montoise reste vibrante. Paulette, passionnée de théâtre au sein du Cercle royal dramatique de Mons, dévore les classiques de Simenon ou les succès de Romain Gary comme La Vie devant soi. Elle entraîne même son mari voir le film polémique des Monty Python, La Vie de Brian, dont l'humour provocateur assure un succès retentissant malgré les protestations de certains croyants. La famille vibre également pour ses traditions locales, notamment la Ducasse de Mons et le combat du Lumeçon, ce rituel unificateur célébré le week-end de la Trinité où, selon la jeune Valérie, toute la ville semble avoir le même âge.

La bande-son de cette fin de décennie est le théâtre d’une véritable révolution sonore qui anime les étages de la maison de la rue de Nimy. Au deuxième étage, Éric accumule les vinyles, plaçant l’album London Calling des Clash au sommet de sa collection affective, fasciné par l’énergie punk d’une pochette devenue iconique et par le refus du groupe de laisser l’argent dicter l’accès à la musique. Il suit également avec intérêt la fin symbolique du disco, marquée par la « Disco Demolition Night » de Chicago où des milliers de disques furent dynamités dans un stade de baseball. À l'inverse, dans sa chambre de treize ans, Valérie préfère la douceur de la chanson française, écoutant en boucle son idole Richard Cocciante et son célèbre Coup de soleil. Elle s’émeut devant la déclaration d'amour de Francis Cabrel à son épouse dans Je l’aime à mourir, un succès phénoménal, tout en fredonnant les airs de Daniel Balavoine ou l'élégance de Manureva chanté par Alain Chamfort sur des paroles de Gainsbourg. Entre les aspirations d’une jeunesse en quête de nouveaux rythmes et les réalités d’un monde industriel qui s’efface, l’année 1979 demeure pour les Dubois une période collector inoubliable, suspendue juste avant le saut vers les années quatre-vingt.

A la suite...

Nos années collector

Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.

Nos années collector
1979 : De la poésie de Francis Cabrel au choc punk de The Clash et la fin d'une ère minière
00:00
00:00