Revivez l'été 1968 à Coxyde avec les jumeaux François et Isabelle. Entre les échos des barricades de Paris, la pêche aux crevettes à cheval et l'insouciance des premiers bains de minuit, plongez dans une année de révolutions musicales et de liberté naissante.
En cet été 1968, l'apprentissage de la liberté prend les traits d'une caravane aux formes arrondies tractée par une solide Peugeot 404 sur la route du littoral belge. Pour François et Isabelle, des jumeaux de seize ans, ces vacances à Coxyde marquent un tournant majeur : c'est la première fois qu'ils s'évadent sans leurs parents, une autonomie durement gagnée après un mois de juillet passé à tondre des pelouses, laver des voitures et faire du baby-sitting pour financer leur séjour. Installés dans un camping entre une famille de Charleroi et des voisins bruxellois jouant au rami, ils savourent le départ de leurs parents, Louis et Julia, avec un mélange d'excitation et d'appréhension. Le quotidien s'organise rapidement dans cet espace réduit : le matin, Isabelle prépare le petit-déjeuner sur la table en formica, tartinant des pistolets croustillants de beurre salé et de confiture, tout en préparant manuellement du café Chat Noir. Dans l'air, l'odeur du café se mêle aux nouvelles grésillantes du transistor qui relate les barricades de mai 68 à Paris et Bruxelles, ainsi que la fin tragique de figures de paix comme Martin Luther King et Robert Kennedy, des événements qui assombrissent le monde mais semblent lointains face au sable blond de la mer du Nord.
L'exploration de la côte se fait en tramway, ce mythique convoi traversant les 67 kilomètres du littoral, pour assister à un spectacle d'un autre temps à Ostdunkerque : la pêche artisanale aux crevettes à cheval. François observe, subjugué, les lourds chevaux de trait brabançons s'enfonçant dans l'eau jusqu'au poitrail pour tirer d'immenses filets, avant de déguster un sachet de crevettes grises cuites immédiatement sur la plage. Les journées s'étirent ensuite sur le sable, où les jumeaux s'installent dans des transats rayés, protégés par d'énormes lunettes solaires. Isabelle s'immerge dans l'univers surréaliste de Boris Vian avec L'Écume des jours, un ouvrage dont l'esprit contestataire résonne avec la jeunesse de 1968, tandis que François préfère la plume libératrice de Françoise Sagan dans Le Garde du cœur. On ne se méfie pas encore du soleil ; on se tartine généreusement d'huile de monoï pour prendre des couleurs, bercé par la voix de Marie Laforêt s'échappant d'un poste radio voisin.
La vie sociale bat son plein au café de la plage, un lieu de ralliement équipé de kickers et d'un précieux jukebox. C'est là que les jumeaux rencontrent Karine, une jeune fille aux cheveux rouges, et sa bande de copains avec qui ils partagent des bières et des Coca-Cola dans une ambiance de franche camaraderie. Les pièces de cinq francs s'enchaînent dans le jukebox, faisant résonner les succès de l'époque : Julien Clerc avec La Cavalerie, Claude Nougaro et son vibrant Paris mai, ou encore les mélodies planétaires des Beatles avec Hey Jude et des Moody Blues avec Nights in White Satin. La provocation s'invite aussi avec le duo Gainsbourg-Bardot sur Bonnie and Clyde, tandis que Jacques Dutronc et Michel Polnareff complètent cette bande-son révolutionnaire. Les soirées s'achèvent dans l'insouciance, entre des sachets de frites à la mayonnaise et l'excitation d'un bain de minuit improvisé dans une mer en furie, avant de s'éparpiller dans la nuit comme des chauves-souris, le cœur léger et l'esprit définitivement conquis par cette parenthèse collector
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.