Découvrez 1965 à Seilles avec Louis le coiffeur et Julia la violoniste. Entre les débuts pro d’Eddy Merckx, l’escalade au Vietnam et le succès fulgurant de Christophe avec "Aline", revivez une année de douce nostalgie au son du twist et du kiosque du village.
En 1965, le village de Seilles, niché au cœur de la vallée de la Meuse dans la province de Namur, offre le visage d'une Belgique paisible où les maisons blanches contrastent avec le paysage industriel de la carrière de calcaire locale. C'est ici, rue du Centre, que bat le cœur de la communauté dans le salon de coiffure de Louis. Ce lieu, ouvert de l'aube au crépuscule, est bien plus qu'une simple échoppe : c'est un foyer où les clients entrent comme chez eux, s'installant dans l'un des trois fauteuils en similicuir rouge pour confier leurs histoires à Louis, qui fait office de confident autant que de barbier. L'atmosphère y est imprégnée des effluves de brillantine Bril-Crème et de la fameuse lotion capillaire Pétrole Hahn, ce liquide vert qu'il faut secouer avec vigueur avant l'emploi. Julia, son épouse violoniste, apporte sa touche de grâce en donnant des cours de musique aux enfants du coin ou en aidant ponctuellement au salon pour les shampoings et les bigoudis. La confiance règne à tel point que la caisse, une simple boîte à cigares posée sur le comptoir, reste accessible à tous sans que personne n'ait l'idée d'y toucher, même pendant la sieste de Louis.
La vie sociale du village s'articule également autour du café « Au Bon Coin », tenu par le chaleureux Joseph Lecomte. Sous la télévision en noir et blanc installée au-dessus du comptoir en zinc, les villageois, dont le curé l'abbé Gilles, se rassemblent pour suivre les nouvelles du monde commentées par Luc Beyer sur la RTB. L'actualité de 1965 est pourtant sombre : on y parle de l'escalade de la guerre du Vietnam qui se transforme en un conflit ouvert, de la réélection contestée du général de Gaulle face à François Mitterrand en France, ou encore des tensions linguistiques qui commencent à empoisonner la politique belge. Mais le café est aussi le lieu de célébrations joyeuses, notamment lorsque le jeune Eddy Merckx, âgé de seulement dix-neuf ans, signe sa première victoire professionnelle le 11 mai 1965 lors du Grand Prix de Vilvorde. Ce premier succès d'une série légendaire de 525 victoires déclenche l'enthousiasme général et une tournée offerte par le patron sous les applaudissements du curé chauvin. Les passionnés de mécanique rêvent quant à eux devant les lignes de la nouvelle Porsche 911 ou de la Chevrolet Corvette Stingray, tandis que Ferrari et Ford s'affrontent sur les circuits de compétition.
Le quotidien est rythmé par le passage de Fernand, le facteur, qui arrive chaque matin à vélo dans son uniforme bleu marine aux boutons dorés pour livrer le courrier et prendre son café au lait chez Julia. En 1965, la correspondance manuscrite et les cartes postales illustrées du village sont les liens essentiels entre les familles, le téléphone fixe n'étant pas encore présent dans tous les foyers. Pendant que Louis délaisse parfois son journal La Meuse pour s'évader avec la bande dessinée « Le Tour de Gaule d'Astérix » signée Uderzo et Goscinny, Julia se plonge dans la lecture de l'ouvrage de Georges Perec, « Les Choses », qui reçoit le prix Renaudot cette année-là pour sa radiographie de la société de consommation naissante.
Enfin, 1965 est une année de révolution musicale qui s'exprime lors des bals d'été organisés autour du kiosque de la place. Un petit orchestre local y fait danser toutes les générations, mêlant valses, tangos et l'incontournable Twist réclamé par les jeunes. La voix mélancolique de Christophe envahit les ondes avec son tube « Aline », faisant de lui une icône yéyé instantanée, bientôt suivi par le succès des « Marionnettes ». Sur la place verdoyante de Seilles, on s'émeut aussi sur les textes de Barbara et son sublime « Göttingen », on vibre au rythme de « Satisfaction » des Rolling Stones ou on fredonne « Capri c'est fini » d'Hervé Vilard. Entre les rituels du salon de coiffure et l'effervescence des nouvelles mélodies, 1965 demeure pour Louis et Julia une année collector où le monde, malgré ses crises, semble encore tendre la main avec générosité.
Nos années collector vous invite à remonter le temps, année après année, au cœur des sixties et des seventies. À travers les grandes chansons de l’époque, mais aussi la littérature, le cinéma, la société, le sport et les événements marquants, ce podcast fait renaître l’atmosphère d’années inoubliables, celles qui ont façonné toute une génération.